Communiqué de Presse 20 décembre 2008

Publié le par Collectif Psychologues Descartes

Profs en soldes !

De nombreux enseignants-chercheurs des universités françaises se mobilisent actuellement contre un projet de décret modifiant leur statut, projet qui prépare une remise en cause majeure de leur métier et s’attaque aux fondements même de l’université, un des lieux de transmission des savoirs.
Ce projet s’inscrit dans une actualité, celle d’une prétendue « autonomie des universités » (loi LRU) et des reformes en cours concernant la recherche en général (suppression du CNRS, risque de disparition de la liberté de la recherche par un pilotage gouvernemental via l’ANR, etc). A l’heure où de nombreux présidents d’université viennent de recevoir leur dotation financière et tombent de haut en découvrant le décalage entre les promesses ministérielles et la réalité budgétaire allouée, ce décret vient renforcer le sentiment que la logique de compétition généralisée, sous tendue par une logique essentiellement comptable, est celle qui désormais prévaut au plus haut sommet de l’état.

Que contient ce projet de décret visant à modifier le décret n° 84-431 du 6 juin 1984 relatif au statut des enseignants-chercheurs?
Il propose implicitement une dissociation entre les deux missions fondamentales de l’enseignement supérieur à savoir la transmission et la production des savoirs (l’enseignement et la recherche), et introduit une inégalité inacceptable au sein de la communauté des enseignants-chercheurs.
Par ailleurs, il ne prévoit aucun cadrage national dans la définition des services et missions des enseignants-chercheurs, ni de voie de recours en cas de désaccord avec les décisions prises par les présidents d’universités, dotés des pleins pouvoirs dans la gestion individuelle des carrières des enseignants-chercheurs.

Guidé en partie par l’aspiration à satisfaire aux « critères de Shanghai » pour participer au classement international des universités, le projet instaure en effet une discrimination entre « bons » et « mauvais » enseignants-chercheurs sur la base d’un système d’évaluation aussi contestable que contesté. Ce système est en effet essentiellement basé sur la productivité en matière de publications, estimée via une biométrie biaisée et réductrice, fortement remise en cause dans la communauté scientifique française et internationale. Pour mener leurs recherches plus efficacement, les « bons » seront déchargés de leurs enseignements et de leurs tâches d’encadrement, alors que les autres, les « mauvais chercheurs » seront toujours assez « bons » pour enseigner, et assumeront sans la moindre compensation financière les charges dont on aura dispensé leurs collègues.
Outre que ce partage se traduira par un alourdissement des services d'enseignement pour la plupart des enseignants-chercheurs, et l’émergence de rivalités délétères, il revient à considérer l’enseignement comme une punition venant sanctionner ceux qui n’auront pas été jugés assez productifs. Cela ne pourra qu’encourager le désinvestissement des tâches d’enseignement et d’encadrement auprès des étudiants, au profit de la seule tâche désormais valorisante, la recherche, ou plus exactement la course à la « bonne » publication, ce qui n’est pas la recherche.

Cette mise en concurrence entre collègues, et bien évidemment entre disciplines, s’inscrit dans la même logique que la concurrence entre les universités, dans une logique de rentabilité immédiate, peut compatible avec les principes même d’une université démocratique, à savoir l’ouverture vers tous les savoirs et pour tous. C’est encore une fois une certaine liberté de penser qui est en danger, ce décret légitimant en effet une pensée fonctionnelle et utilitaire. Les étudiants seront rapidement touchés, à travers la qualité des enseignements et des formations, des droits d’inscriptions variables et une sélection plus rigide à l’entrée selon les objectifs internes à l’université et non en fonction de leurs souhaits de formation. Cette évolution de nos universités nous paraît extrêmement dangereuse à court et à long terme pour les étudiants que nous formons et de ce fait pour l’avenir de notre société.

C’est pourquoi, dès l’annonce de ce projet de décret, de très nombreux enseignants-chercheurs de l’Institut de Psychologie et d’autres composantes de l’Université Paris Descartes, université présidée par Axel Kahn, se sont mobilisés et continuent de le faire contre ce projet. Des motions ont été votées par des conseils de gestion et des assemblées générales, une journée de grève a été organisée, ainsi qu’une journée d’action et d’information auprès des étudiants qui actuellement se mobilisent avec nous activement.
Dès la rentrée de Janvier, suite à une motion votée en AG le 18 décembre, nous appelons nos collègues à ne pas assurer la surveillance des examens ainsi qu’à démissionner de leurs responsabilités administratives, tant que le projet de décret ne sera pas retiré.
Ces actions ont été relayées dans de nombreuses autres universités quelles que soient les disciplines. Des actions sur le plan national s’organisent et la rentrée universitaire s’annonce mouvementée.

Nous tenions à en informer la presse afin qu’elle puisse remplir sa mission d’information et de diffusion auprès du plus grand nombre.
Vous trouverez plus d’éléments sur notre blog :

Psycho-descartes.over-blog.com/

Pour les enseignants-chercheurs mobilisés
de l’Institut de Psychologie de l’Université Paris Descartes :
Contacts presse
Aline Cohen de Lara : aline.cohen-de-lara@parisdescartes.fr
Clara Duchet : clara.duchet@ parisdescartes.fr
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