Qui prendra la responsabilité d'invalider un semestre ?

Publié le par Collectif Psychologues Descartes

Qui prendra la responsabilité d'invalider un semestre ?

La rectrice au risque d'avoir les étudiants & parents sur le dos ?

Arrêtons l'intox et exigeons du gouvernement qu'il mette fin à cette situation en répondant favorablement à nos revendications.


"La question des examens ne peut plus être éludée par des attitudes dilatoires. En fonction de l'échelonnement des vacances de Pâques, elle sera réglée dans les deux semaines à venir. L'issue ne fait aucun doute : les examens auront lieu et le semestre sera validé. La seule inconnue est la suivante : qui aura cédé, le gouvernement ou nous ?

Darcos et Pécresse font le pari que, mis au pied du mur, les grévistes finiront par renoncer. Au nom de l'intérêt de leurs étudiants qu'on ne peut pas « prendre en otages ». Ce discours du conformisme idéologique propre aux « démocraties du consensus » est aussi un discours de la bêtise. Il suffit pour s'en convaincre d'examiner les choses froidement. Qui a intérêt à ce que les examens aient lieu ? Nos étudiants et nous-mêmes, bien sûr. Mais aussi le gouvernement. Et à un point infiniment plus élevé.


Trois raisons à cela. La première est d'ordre politique : il y aurait des affrontements entre étudiants grévistes et non-grévistes et qu'elles soient de gauche ou de droite, les « démocraties du consensus » ont horreur de la violence. Elles ont oublié que la violence a toujours été le seul moteur de l'histoire. La deuxième raison est d'ordre économique : l'enseignement supérieur  met tous les ans sur le marché une cohorte de 500 000 diplômés. Les plus « intéressants » pour « l'économie de la connaissance » ne sont pas concernés par le mouvement actuel : élèves des écoles d'ingénieurs et de commerce. Les universités elles-mêmes ne sont pas toues touchées de façon uniforme. Mais on peut considérer qu'il manquerait entre 200 000 et 300 000 diplômés, ce qui affecterait lourdement les possibilités de récupération après la crise (vers 2011). La troisième raison est d'ordre budgétaire : elle est la plus importante - en tout cas la plus décisive puisque nous gouvernants, comme de vulgaires traders, calculent désormais à très court terme. Si les examens n'ont pas lieu, cela signifie que les étudiants devront recommencer ce semestre. C'est bien pourquoi nos étudiants sont inquiets. Mais les conséquences de ce phénomène seraient, pour le gouvernement, bien plus cataclysmiques. Il y aurait par la force des choses environ un million de redoublants (on ne parle plus de diplômés mais d'étudiants à tous les stades du cursus). Les redoublants coûtent cher. Il suffit de voir les pressions abjectes auxquelles sont soumis nos collègues du primaire et du secondaire pour faire baisser les taux de redoublement ne serait-ce que d'un ou deux points. Le gouvernement peut-il se permettre d'envisager 100% de redoublants dans les universités les plus touchées par la grève ? Certainement pas. Ce serait comme si la moitié du budget annuel de l'université avait été dépensé en pure perte. Chiffre astronomique. Si les choses en venaient à ce point, il y aurait une intervention de Fillon ou de Sarkozy pour éviter une telle issue.


Cet aspect de la question n'est jamais évoqué par le gouvernement ou par la presse. J'ai pu constater, en discutant avec des collègues, que personne ne posait non plus parmi nous le problème en ces termes, les seuls pourtant qui soient froidement objectifs. La conclusion est capitale pour le bras de fer qui s'engage désormais. Si nous ne cédons pas les premiers au nom d'une attitude compassionnelle envers les étudiants-victimes - autres notions à la mode par les temps qui courent - le gouvernement sera OBLIGE de céder. Il n'a pas d'autre possibilité. La dissymétrie est telle dans les risques encourus par les uns et les autres qu'il ne faut pas hésiter. La raison doit primer sur les bons sentiments.


Si nous maintenons et intensifions la grève pendant les quinze jours à venir, nous sommes sûrs de gagner."


P.C.


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