Le discours d'une étudiante lors de l'AG des personnels du 05 mai

Publié le par Collectif Psychologues Descartes

Si je prends la parole dans votre AG du personnel, c’est pour faire entendre une dernière fois la parole des grévistes. Je tiens à préciser que je n’ai consulté aucun gréviste pour rédiger ce petit discours, par conséquent tout ce que je dirai ne pourra être imputé qu’à moi même. Si j’utilise le terme « les grévistes » c’est parce que je pense avoir une idée pas trop vague de la position des grévistes actuellement, cependant je peux me tromper et si tel est le cas, j’invite les étudiants grévistes à se faire entendre.

Je ne vais pas vous parler de la grève, car il est une question plus urgente, qui nous touche tous ici à l’Institut, nous les étudiants, les grévistes, les anti-grévistes, les autres : C’est la question des examens.

Auparavant je souhaiterais faire un petit rappel. En Novembre, Décembre et même Janvier, c’est vous qui nous avez appelé à nous mobiliser, c’est vous qui nous avez sensibilisé à la LRU, c’est vous enseignants-chercheurs qui avez déclenché cette grève. Si la grève doit s’arrêter dans la contestation, jamais les étudiants ne se remobiliseront dans le futur. Nous nous sommes déjà mobilisés en 2007, nous nous sommes mobilisés cette année, pour les étudiants il y a peu de chance que la mobilisation traverse ces vacances d’été. Et si la grève doit vraiment s’arrêter dans la contestation, il nous restera le goût de l’amertume que nous ressasserons à chaque fois que vous nous prodiguerez des enseignements, si nous avons la chance de rester dans cette Université.

En dépit du fait que les revendications étudiantes et enseignantes n’étaient pas similaires, le cheval de bataille était, quant à lui identique, la LRU.

Après avoir discuté ensemble en assemblées générales, qu’on ait arpenté les pavés parisiens ensemble, participé aux coordinations ensemble, militer ensemble, cela nous a conduit à onze semaines de blocages de notre Institut. Cela nous a mené, à travers une aventure unique, à une situation exceptionnelle. Pour cela on vous remercie.

Mais à cette aventure se dessine une fin, une fin qui n’a pour l’instant pas de forme précise.

Pour donner forme à cette fin, nous devons constater une situation qui est celle dans laquelle on est aujourd’hui. Nous sommes au pied du mur, le mur des examens, le mur des vacances d’été, le mur de l’urgence !

Ce que nous pouvons constater, c’est que suite à un vote de sympathie à l’égard du doyen de l’Institut, s’en est suivi, comme une cascade, la dégringolade de la mobilisation, c’est alors que ce sont mis en place, non pas des cours, mais des permanences, qui n’en sont pas moins des cours !

Donc ces cours au pseudonyme de permanence ont envahi le planning de la semaine, et on a fait croire aux grévistes qu’il serait possible de continuer la mobilisation en dépit de ce nouveau planning hyper chargé. Dixit les réunions officieuses qui se sont tenues entre la direction de l’Institut et quelques étudiants grévistes dont moi-même, où on nous a fait clairement comprendre que nous serions des irresponsables si on continuait la mobilisation sous sa forme actuelle. Il nous a été parlé d’une forme nouvelle de mobilisation autre que le blocage, ce à quoi on a répondu : « Mais quelle est la place des étudiants dans cette nouvelle forme de mobilisation » Aucune réponse n’a été apportée, et tout aussi créatifs que nous soyons, nous n’avons pas trouvé là de réponse. Nous ne voyons donc pas quelle est la place étudiante dans une hypothétique nouvelle forme de mobilisation.

En revanche ce que nous imaginons très concrètement, c’est le gavage de cours et de td orchestré par ces pseudos permanences ! Tout le monde se précipite vers ces cours, les enseignants pour les faire, les étudiants pour les suivre. Nous devons faire face à un bourrage intensif, un sprint de quatre semaines, sans semaine de révision alors que nous aurions du parcourir la même distance en douze semaines ponctuées de vacances et d’une semaine de révision, ce qui aurait plus ressemblé à un marathon, chacun gérant ses efforts selon ses propres capacités.

A cela il suffit de rajouter le floue le plus total quant aux consignes d’apprentissage, le manque de polycopié mis à disposition, le manque d’information en général et en particulier, le peu de livre à disposition à la bibliothèque, qui par ces temps extrêmes, n’est pas en capacité de faire face à la demande, à la nécessité étudiante. Ce qui nous pousse à directement acheter les livres (par exemple, les livres de PSP, 75€, 80 unités disponibles à la bibliothèque, plus de 1000 étudiants qui en ont besoin). Les  inégalités entre unités d’enseignements, les enseignants eux mêmes, la mise en ligne tardive des supports de cours sur Moodle, l’organisation même de Moodle, le floue entre le système Moodle et l’ancien site Corail. Je ne détaille pas ici tous les problèmes liés à chaque année d’étude, UE par UE, alors que cela serait plus que nécessaire ! A chaque fois vous nous avez répondu que nous avions le temps et que ce serait vu plus tard, sauf que maintenant, « plus tard » c’est « trop tard ». Tous ces dysfonctionnements nous font penser que les examens seront organisés à l’image de ce brouhaha actuel.

L’état vous menace de qualifier ce semestre de « semestre au rabais » « d’examen au rabais ». Non seulement nous connaissons tous le responsable, le preneur d’otage de ce semestre, mais je crois vraiment que tenter d’éviter un semestre « au rabais » en jouant la carte du gavage intensif est justement rendre ce semestre « au rabais ». Comment voulez-vous faire gober à des étudiants après onze semaines de blocage que des examens de qualités sont des examens où quasiment aucun ne pourra réussir ! C’est pourquoi il est plus que nécessaire, si ce n’est vital, qu’un aménagement de ces examens soit réalisé, ce qui aura le non négligeable avantage de symboliser la bravade contre l’Etat.

Au delà des questions de lutte contre la LRU, il est une question plus humaine, vous qu’on appelle les intellectuels de notre pays, vous qui êtes l’Université, vous qui êtes à la pointe de la recherche, vous qui êtes nos mentors, vous avez une responsabilité, un devoir, celui de vos étudiants, tous, sans discrimination. Alors que nous nous battons pour l’université, contre la précarité étudiante, il existe une précarité étudiante qui est là, juste sous vos yeux ! Dans ces moments de crises, et outre les grévistes et les anti-grévistes, que penser de ceux qui ont décroché de la fac ? Que penser de ceux qui ont pris des engagements ailleurs, tel qu’un travail ou bien des stages, et qui, aujourd’hui, doivent répondre devant des obligations diverses alors que « l’Université s’est arrêtée » le 2 février ! Que penser de ceux qui financièrement ne peuvent pas s’acheter les livres nécessaire à leur apprentissage, ceux qui ont du mal à imprimer tous les documents nécessaires à leur formation, ceux qui ont du quitter leur logement étudiant puisqu’il n’y avait plus cours, ceux qui proviennent de programmes spéciaux comme ERASMUS ou ceux qui sont étudiants étrangers. Que penser de ceux qui sont en reprise d’étude et qui n’ont pas fait ni la L1 ni la L2, base de connaissance nécessaire pour comprendre les cours des années supérieures. Mi Mai nous sortons du calendrier universitaire habituel, que penser de ceux qui avaient pris des engagements à ce moment, avant même que la grève ne commence ? Que penser de ces mères de famille qui ont choisi de se consacrer à leur enfant puisqu’il n’y avait pas cours ? Que penser de ceux qui sont en congé formation, que penser de ces étudiants qui voulaient juste étudier ? Le preneur d’otage, ce n’est pas nous, c’est l’Etat, mais c’est à vous, enseignants, enseignants chercheurs, chargés de TD d’agir à la fois avec bienveillance et à la fois stratégiquement pour un bon déroulement des examens. Ces étudiants n’ont rien demandé, rien de plus qu’étudier, prenons l’exemple de ce père désespéré qui m’a interpellée dans le hall de l’Institut, me demandant ce qu’il se passait, ce qu’il pouvait faire, comment permettre à sa fille en L1 de continuer ses études, de ne pas décrocher de la fac, ce même père que j’ai vu prendre les poly qu’il trouvait, ces poly en nombre insuffisant, face à un manque d’information béant ! Non ces gens là n’ont rien demandé, ils ne sont que les victimes dont nous nous plaisons à ignorer le visage.

Malgré cela vous vous entêtez à vouloir nous mettre des examens dits de « qualités » !!

Parce que vous avez vraiment cru pouvoir faire une grève sans perdre de plume ? Quant est-il des chargés de TD sur qui pèse la menace du non paiement de leurs heures de cours puisqu’il n’y a pas eu cours ? Quant est-il des BIATOSS qui n’ont pas osé se mettre en grève car pour eux la sanction aurait été immédiate ? Quant est-il des étudiants qui n’ont pas pu étudier ? Parce que pour nous, nos études, c’est notre avenir, laissez nous la chance d’étudier, et même si ce semestre doit compter blanc, laissez nous traverser ce semestre, nous ferons nos preuves plus tard !

Nous sommes dans une année exceptionnelle, ayons des mesures exceptionnelles

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