Le livre noir des violences policières

Publié le par Collectif Psychologues Descartes

 Interventions et intimidations à Besançon (février, mars, avril 2009). Témoignage:

- Mercredi 18 février, une manifestation nocturne est prévue au départ de la Place de la Révolution. Une quarantaine de policiers attendent "les organisateurs de la manif" et fichent (nom/prénom/adresse) toutes les personnes passant sur la place, susceptibles d'être là pour la manifestation. Ils récoltent au total une quarantaine de noms, la manif n'a pas eu lieu.

Dès mon arrivée, un policier m'a sèchement demandé mes papiers, puis "de le suivre" en fait quelques pas plus loin, c'était juste une première manœuvre d'intimidation. Refusant de répondre à mes questions ("c'est nous qui posons les questions") il m'a affirmé qu'en manifestant je risquais 6 mois de prison et [grosse somme] d'amende. D'autres manifestants sont restés agglutinés autour de policiers : je ne sais pas comment ils s'y sont pris, mais les manifestants n'étaient pas sûrs d'avoir le droit de s'éloigner.

J'ai finalement pu rassembler 50 personnes pour une "promenade" sur les trottoirs et sans banderoles, qui n'a pas été inquiétée.

 

Jeudi 26 février, la manifestation des étudiants et des personnels de l'Université de Franche-Comté protestant contre la destruction du service public d'éducation et de recherche s'est achevée par un sit-in pacifique dans la cour du Rectorat. A cette occasion, un étudiant s'est vu administrer par les forces de l'ordre un violent coup de matraque sur les reins. Le certificat délivré par l'hôpital où s'est rendu le jeune homme atteste de cette agression (tel est le terme utilisé par l'hôpital).

L'étudiant en question avait contourné le cordon policier et avançait dans la cour de ce lieu public. Après ce coup porté à travers ses vêtements, il saignait.

 

 Mercredi 11 mars, des étudiants ont reçu du gaz lacrymogène et des coups de matraque pour un sit-in de chaises sur un passage piéton (voir diaporama La Mobilisation en images (et en poésie) et articles Mars 2009)

Nous occupions un petit carrefour et la police nous aurait dispersés en deux mn. Malheureusement cela se passait le lendemain de la diffusion d'une circulaire recommandant de répondre par la violence. Les termes exacts de l'ordre ont été "Gazez-moi tout ça." Je n'ai pas réussi à me procurer les photos que l'on m'a montré juste après, mais trois policiers debout autour de moi m'ont gazée, (j'étais assise) l'un était plutôt à 50cm de mon visage qu'à un mètre comme le veut la loi.

 

17 avril: Suite à l'interpellation assez violente d'une cinquantaine d'étudiantes et d'étudiants au rond-point de Rivotte,  elles et ils ont tous été relâchés vers 16h. Soutien de notre université, plusieurs dizaines de personnes, ayant répondu à l'appel passé sur la liste rezo (témoignage de Hadrien bru). Les étudiants en question préparent déjà un 

communiqué de presse; les journalistes habituels étaient aussi au commissariat de la gare d'eau.

Nous n'avons eu que le temps d'arriver au carrefour. Les premiers ont posé le pied sur le bitume, puis nous avons reculé sous les lacrymos (sans sommation) et été encerclés. Les coups de matraques visaient surtout les anars bien connus. Nous avons été 59 à monter dans les fourgons, il a fallu demander trois fois pour obtenir le motif de notre interpellation. Ensuite, filmés et photographiés avec des menottes, on nous a refusé un avocat et l'accès aux toilettes ou à un point d'eau (sauf une étudiante qui a avancé qu'elle avait ses règles). Au bout d'une heure, on nous a emmenés 5 par 5 pour être fouillés et fichés (contrôle d'identité et photo). Les premiers ont eu droit à la photo avec un carton portant leur nom, comme dans les films, puis suite à un appel du parquet ils nous ont photographiés en groupe. Certains ont dû donner leur lieu d'étude et les policiers ont déclaré qu'ils appelleraient pour vérifier, idem pour un salarié, ils lui ont dit qu'ils appelleraient son employeur. Les médias nous ont ensuite appris que nous avions occupé le carrefour et montré un "refus obstiné" de le libérer.





Les excès répressifs de la police ayant tendance à s'amplifier et à se répéter, ils seront consignés ici.


Le rapport d'Amnesty

Sources (entre autres): http://www.fabula.org/actualites/article30121.php

31/3/2009 Violences policières à Tours (2)

Je vous invite à vous manifester amicalement, par un petit appel ou un message de solidarité, auprès d'Nn et de N. Ils ont en effet été blessés tous deux cet après-midi par des policiers. A l'heure où je vous écris, Nn est *apparemment* de retour chez elle, tandis que N a été admis à la Clinique de l'Alliance à Tours.

Voici rapidement les circonstances. Après la cérémonie de remise des démissions et après être passés à la présidence et aux deux décannats, nous (étudiants & enseignants grévistes) avons décidé de faire une ronde Place Anatole France. Nous bloquions pacifiquement la circulation. Une voiture de police s'est alors arrêtée et deux policiers en sont sortis, qui ont littéralement fondu sur le SDF qui accompagne souvent les étudiants ces temps-ci (lequel avait commis le grave délit de taper du poing sur le capot d'une voiture agressive, qui forçait le passage). Ils se sont jetés sur cet homme avec une brutalité incroyable, le plaquant au sol et tentant de le menotter. Les coups pleuvaient. Les étudiants au plus près se sont alors précipités pour aider l'homme victime des violences policières, en criant qu'il n'avait rien fait. C'est alors qu'Nn et N sont intervenus, Nn pour tenter de calmer le jeu, de ramener tout le monde à la raison, et N pour prendre des photos. Au bout de quelques minutes, Nn a pris un jet de gaz lacrymogène en plein visage (à 50 cm, je dirais) et N a pris un énorme coup de poing dans le ventre qui lui a provoqué des malaises respiratoires. De surcroît, N est déjà averti qu'il est bon pour une convocation au commissariat, pour ces photos qu'il avait « l'intention » de prendre -- mais n'a finalement jamais pu prendre. Aucun étudiant, dieu merci, n'a été blessé, mais nous étions tous profondément choqués.

...

19h18 En fait, on me charge de vous dire que la situation est pire encore:la police emmène N en garde à vue au commissariat pour 24h, semble-t-il. Il n'a même pas pu voir son épouse. Son crime? Avoir tenté de prendre une photo? De nombreux étudiants sont en route pour le commissariat pour montrer ce qu'ils pensent de ces méthodes.

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Nouvelles de Nn - dernières nouvelles -précisions

Chers tous, tout d'abord sachez qu'il y a beaucoup de monde devant le commissariat. Les juristes sont prévenus et envoient un avocat à Nn. FR3 est sur place.

J'ai laissé un message sur le portable de Jean Fabbri. Quelques faits (uniquement ce que j'ai vu - je n'étais pas témoin de ce qui est arrivé à N et Nn place Anatole-France):

Après la lecture des démissions puis le passage à la présidence, Eric Athenot et moi avons appris de Fabienne Toupin que N et Nn avaient été blessés par la police: N ayant reçu un violent coup de poing au ventre, Nn du gaz lacrymogène. Après avoir appelé les urgences du CHU puis les pompiers, nous avons appris que seul N était aux urgences, à la clinique Alliance de Tours Nord.

Eric et moi y sommes allés.

Un fourgon de police et une voiture de police avec 5 policiers attendaient. N n'étant pas encore sorti du "bloc de déchoquage", nous avons demandé à un policier ce qu'il attendait: emmener N pour qu'il porte plainte.

Après une attente de 30 minutes environ, N est sorti. Radiographie : pas de problème, mais il est plutôt sonné et à une interruption de travail de 3 jours, ce qui prouve que tout cela n'était tout de même pas anodin. N ne souhaite pas aller déposer à la police, il ne se sent pas très lucide.

Le policier dit que c'est un ordre de la hiérarchie. Eric demande s'il peut venir: réponse, non. Eric remarque aussi que c'est un peu fort d'attendre avec matraque et révolver quelqu'un qui s'est fait tabasser par un collègue.

Réponse d'anthologie: vous êtes enseignants, vous avez vos stylos, nous avons notre matraque.

N est emmené.

Je dépose Eric au commissariat et suis obligé de m'en aller. 10 minutes plus tard: on demande à Eric son numéro de portable et on lui dit de partir car N doit attendre encore. Peu après, Eric étant parti, on l'informe que N passera au moins 24 h en garde à vue.

Essayons d'être demain à l'AG et à la réunion de l'UFR. Gardons notre calme, sinon cela pourrait se retourner contre nous.



31/3/2009 Violences policières à Tours (1)

Suite à neuf semaines de grève nationale du monde universitaire qui n'ont eu d'écho que le mépris du gouvernement, la coordination nationale universitaire a appelé à la démission massive des enseignants-chercheurs de leurs fonctions administratives.
Mardi 31 mars, 85 enseignants-chercheurs de l'Université François Rabelais de Tours répondent à cet appel en mettant en scène leur démission. Puis, avec des étudiants, ils décident ensemble d'un sit-in pacifique sur le carrefour Anatole France en vue d'informer la population de leur initiative. Quelques minutes après leur arrivée, une voiture de police tente de se frayer un passage au milieu des manifestant-e-s qui le leur refusent dans un premier temps. Puis le cortège s'écarte pour laisser passer la voiture et c'est alors que l'un des manifestants tape sur le capot. Les policiers sortent, attrapent celui-ci et le mettent à terre si violemment que son visage est en sang. Profs et étudiant-e-s tentent de s'interposer, un professeur reçoit un coup de matraque dans les côtes.
Pour disperser la foule, les policiers utilisent des lacrymogènes : une enseignante est gazée à 5 cm du visage. Ils embarquent le manifestant qui avait frappé sur la voiture, le groupe obstrue le passage de cette dernière. Le conducteur accélère, blessant plusieurs personnes et manquant d’écraser une étudiante… a-t-on évité le pire ?
Résultat des courses : l’enseignante gazée est prise en charge par les pompiers ; le professeur frappé et blessé est emmené à l'hôpital avant que la police ne vienne l’y récupérer pour le placer en garde à vue. Deux étudiantes sont également blessées au genou et à la poitrine, et le manifestant interpellé est au commissariat.

Communiqué de presse commun des syndicats : Sud Éducation Loiret, Sud Étudiant Orléans et Sud Recherche:

Vendredi 27 mars 2009, des étudiants, professeurs et personnels de l'Université d'Orléans ont investi symboliquement le Rectorat de l'Académie Orléans-Tours. Alors que depuis deux mois l'Université est en grève, notamment contre le décret statutaire des enseignants-chercheurs et le décret sur la mastérisation, le Gouvernement n'a réagi que par le mépris, les manoeuvres et la répression. A Orléans, à l'issue de l'occupation pacifique des locaux du Rectorat et après avoir demandé sans succès, la présence des médias à l'intérieur du bâtiment, les étudiants et professeurs ont été évacués sans ménagement vers 16 heures par les forces de l'ordre.

L'un des étudiants, Aurélien, blessé, a été arrêté, menotté et conduit au commissariat central d'Orléans, d'où il a été relâché aux alentours de 19 heures. Il devra répondre le 9 septembre prochain devant le Tribunal Correctionnel d'Orléans du délit de rébellion envers les forces de l'ordre. Sud Éducation Loiret, Sud Étudiant Orléans et Sud Recherche tiennent à exprimer leur soutien sans réserve à Aurélien. Ils demandent la levée des poursuites engagées contre Aurélien, bouc émissaire de cette action collective. Ils s'interrogent vivement sur le fait qu'une action non-violente ait pu donner lieu à un tel dérapage au moment de l'intervention des forces de l'ordre. Ils réaffirment plus que jamais leur soutien à la cause des personnels universitaires en luttes et leur engagement à leurs côtés.

Orléans, le 28 mars 2009


Marseille:

Le passage de Fillon envoie les étudiants... en garde à vue.

Par Rémi Leroux | Rue89 | 27/03/2009

http://www.rue89.com/marseille/2009/03/27/le-passage-de-fillon-envoie-les-etudiants-en-garde-a-vue

En marge de la visite à Marseille du Premier ministre François Fillon ce vendredi, une trentaine de manifestants ont été interpellés et placés en garde à vue pendant quelques heures. Sans motifs apparents...

« On les emmène à Guantánamo », a dit en rigolant un policier. » Philippe a assisté à l'interpellation sur l'avenue du Prado (VIIIe) « pas musclée mais pas du tout sympa » d'une trentaine d'étudiants de la fac Saint-Charles qui se rendaient à proximité des deux sites (parc du XXVIe centenaire et parc Chanot) où le premier ministre François Fillon achevait sa visite marseillaise.

« Ils avaient l'intention de manifester, m'ont-ils dit, même s'ils n'avaient pas de panneaux avec eux. Les policiers, qui étaient partout dans le secteur du Parc Chanot, les ont plaqués contre le mur alors qu'on ne peut vraiment pas dire qu'ils avaient l'air menaçant. »

« Embarqués par paquets de cinq dans des camions »

Julien, qui était parmi les manifestants mais qui n'a pas été embarqué, raconte

« Six camions de CRS se sont arrêtés à hauteur du petit groupe avant que les policiers ne rabattent les étudiants contre un mur. Ils ont ensuite procédé à des contrôles d'identité et les ont embarqués par paquets de cinq dans des camions. » (Voir le diaporama)

 


On a appris un peu plus tard dans l'après-midi que les personnes arrêtées étaient des universitaires, étudiants pour la plupart. Cet épisode intervient huit jours après l'interpellation d'un enseignant-chercheur.

Le conseil d'UFR du centre de mathématiques et d'informatique de l'université Aix-Marseille I s'est réuni dans l'après-midi de façon exceptionnelle :

« Trente universitaires qui se dirigeaient ce matin vers le parc du 26e centenaire de Marseille à l'occasion de la visite de M. Fillon ont été arrêtés sans raison par les forces de l'ordre, et maintenus en détention au poste pendant une heure et demie. »

Indignation des universitaires marseillais

Juste le temps en fait pour François Fillon de terminer sa visite marseillaise... Une visite dont Jean-Claude Gaudin, Maire (UMP) de Marseille, « se félicite » :

« François Fillon a profité de cette rencontre pour souligner la mobilisation de Marseille face à la crise et pour évoquer de nombreux projets marseillais, symboles du dynamisme de la cité phocéenne. »

« Dynamisme » également de ses forces de l'ordre, donc. Les universitaires marseillais se sont déclarés « indignés par ce qu'il considère être une atteinte aux libertés les plus fondamentales et par l'assimilation d'actions de revendication totalement pacifiques à des actes illégaux. Ces actes d'intimidation ne contribuent en rien à la résolution des problèmes actuels de l'université. »



26/3/2009 Violences envers une ingénieure du CNRS Paris, rue d'Auteuil: "Fiche le camp, si on te retrouve on te viole"

11h30-11h40
Dans la rue, 43 rue d'Auteuil, 75016, Paris.
Entrée alternative pour le CNRS que les agents ont coutume d'employer, dite par les collègues "petit jardin" ou "au 43" (rue d'Auteuil). La première porte était fermée, la deuxième était bloquée par deux hommes, sans brassard, qui ne disaient rien. Je les ai pris pour des agents privés de sécurité (CNRS). Un agent en uniforme était présent sur le trottoir. Je lui demandé poliment pourquoi ces deux messieurs ne me laissaient pas entrer et qui ils étaient. Un gradé en uniforme était posté un peu plus loin (vers ma gauche), devant la pharmacie. De nombreux collègues étaient présents aux fenêtres du 2e étage,  et observaient la scène.
Je les ai salués d'une voix forte, en clamant "bonjours, collègues, je suis cnrs, je voudrais rentrer à la maison". S'en sont suivis quelques échanges ludiques théatralisés entre la rue et les collègues. Dans mon souvneir, très bon enfant (en tous cas, pas assez pour me faire embarquer par l'agent de police pour trouble à l'ordre public", il n'y avait pas de public). Ensuite, deux collègues sont venus dans le jardin, et ont cherché à parlementer avec les deux hommes pour qu'ils me laissent passer. Ils ont obtenu l'autorisation d'un occupant (qui arrivait depuis le fond du jardin), la porte s'est ouverte. Je me suis avancée pour entrer. Tout s'est passé très rapidement ensuite, sur le moment, je n'ai rien compris. Les hommes bloquant l'entrée se sont avancé, m'ont encerclée, ils m'ont donné deux (ou trois) coups de poing très violents aux seins, rapdiment, puis ont sorti des brassards rouge "police". J'ai hurlé "vous me faites mal, vous n'avez pas le droit de me taper". Je leur ai dit "messieurs, vous n'aivez pas le droit de me frapper, je vais porter plainte". Ils m'ont insultée (quelque chose du genre "va te plaindre à tes pédés de collègues, connassse"  et "fiche le camp, si on te retrouve on te viole").

Quelques collègues ont-ils pris de photos pendant les échanges rue/ choeurs du 2e ? Ont-ils des souvenirs ? Ont-ils constaté que j'avais agressé verbalement ou physiquement ces deux hommes ? Que ces hommes avaient un brassard ? Quand  l'ont-ils mis ? Si d'autres faits à porter au dossier, n'hésitez pas.
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Hier soir, vendredi 27 mars, le médecin a constaté sur mon bras gauche un gros hématome de 6 x 6 "violet et douloureux" [forme et emplacement prouvant qu'il résulte d'un violent coup de poing, et ne peut être une 'auto-mutilation"], palpations douloureses (sic). Je dois faire des radios du sein et des côtes pour voir si quelque chose de visible (ça fait vraiment mal). Trauma psy et  "anxiété post-traumatique", chaque fois qu'on s'approche de moi je sursaute. Cinq jours d'ITT.
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Non, je ne vais pas "oublier", ce n'était pas "rien ou pas grand chose" : c'était une agression par des fonctionnaires de police abusant de leurs fonctions. Inacceptable dans un Etat de Droit. J'ai décidé de porter plainte. Je suis prête à subir les examens de l'Institut médico-judiciaire de l'Hôtel Dieu, les auditions de l'IGS (inspection générale des services).
Je sais que ma plainte sera sans doute classée "sans suite", ce n'est pas une raison pour me taire. Si ces policiers voyoux avaient porté leurs brassards, je n'aurais pas fait le guignol devant eux. Quelle est la loi dans notre pays ? En réponse à un numéro d'activiste agitprop, deux hommes dans la force de l'âge, entraînés au combat de rue, frappent à la poitrine une femme de 57 ans (et 60 kilos) ? Des vrais coups, bien violents, qui inscrivent leurs trâces inscrites sur le corps, et cassent la tête. La violence, ce n'est pas la loi, l'ordre, ce n'est la brutalité.

23/3/2009 Amiens Chronique de la violence policière ordinaire.
Ce fut le cas, ce lundi 23 mars 2009, à Amiens, lors de la visite du ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, venu inauguré une plateforme téléphonique expérimentale d'orientation à l'ONISEP-Amiens.
A l'appel de la coordination locale des enseignants-chercheurs de l'Université de Picardie Jules-Verne Amiens, nous étions sur place avec nos étudiants, des profs du secondaire et des lycéens, devant l'ONISEP, pour accueillir notre ministre.
Les CRS étaient, en tout état de cause, là pour faire le ménage avant l'arrivée de Darcos. L'un d'eux nous a dit texto : "on se fout pas mal que vous ayez convoqué la presse, nous seront violents". A croire qu'ils avaient des ordres en ce sens non ? comment s'appelle le préfet de Région Picardie au fait... ? (syndrome Saint-Lô sans doute). La presse a, pour sa part, été très vite enfermée derrière les grilles de l'ONISEP par les CRS, des fois qu'ils prennent des photos et parlent avec nous.
Le regoupement de quelque 100 personnes était pourtant, à 9 heures, très bon enfant. Tous étaient venus très joyeusement, comme nous le faisons depuis deux mois, avec une paire de vieilles chaussures, pour le lancer symbolique. Nous étions même disposés à former une délégation EC, profs du secondaire, étudiants, lycéens pour rencontrer le ministre en touriste picard.
Les CRS ont prié les EC de faire libérer la route afin de laisser passer, je cite, les personnes se rendant à leur travail.
Nous avons optempéré, dans le calme et la  bonne volonté des étudiants et des lycéens pour faciliter le passage, contre la garantie, apportée par la commissaire sur les lieux, de pouvoir rester sur le trottoir opposé afin de pouvoir accueillir notre cher ministre.
Nous nous sommes tous assis et c'est là que, sans sommation, aucune, les CRS ont chargé tout de go très vite et très fort, à coups de matraques, d'empoignement puis de "jets" d'EC, d'enseignants, d'étudiants et de lycéens Nous avons été éjectés par trois fois, mis à terre et matraqués pendant une heure par de gros balaises (deux fois supérieurs en taille, poids et force) prêts et contents de pouvoir enfin "bouffer" de l'EC, de l'enseignant, de l'étudiant, du lycéen et du parent d'élève.
Ils ont tapé, et fort, je vous assure, sur des gamins et gamines, sur nous tous, comme ça sans raisons, sauf celles exprimées sous la forme lapidaire "DEGAGEZ !".
Plusieurs manifestants ont été blessés. Aussi les Ec présents ont demandé de l'aide auprès des médecins du SUMPS (ex médecine préventive de l'Université de Picardie Jules-Verne d'Amiens).
Après nous avoir dit qu'il arrivait de suite, l'un des médecin de garde du SUMPS nous a rappelé pour expliquer que la présidence de l'université ne l'autorisait pas à se déplacer.
Nous avons alors téléphoné aux pompiers.

Paris, 24/03/09:

À Paris, place de l'Hôtel de ville, un manifestant qui avait rejoint la ronde des obstinés a été gazé au visage alors qu'il souhaitait quitter la Place de Grève. Motif: refus de retirer un autocollant militant collé sur sa veste.

"AMIENS Les CRS chargent le rassemblement", Le Courrier Picard, 24/03/09.

Voir un reportage photographique réalisé par Emilie Pillot.


Le ministre de l'Education nationale a inauguré, lundi, une plateforme d'aide à l'orientation. Sa venue a été marquée par une manifestation sévèrement contenue.

Stupéfaction et colère : ce sont les mots qui résument l'état d'esprit de la soixantaine de personnes qui participaient lundi matin 23/03/09) à un rassemblement à l'occasion de la venue à Amiens du ministre de l'Éducation nationale.

Alors qu'elles se trouvaient à quelques mètres de l'entrée des locaux de l'ONISEP, rue Saint-Fuscien, où Xavier Darcos devait inaugurer une plateforme téléphonique d'aide à l'orientation, les CRS leur ont demandé de dégager la route.

« Nous nous sommes assis sur le trottoir et là, les CRS ont chargé, raconte Eddy, élève au lycée Michelis, d'Amiens. Nous avons été stupéfaits, car nous nous étions éloignés. Ils ont chargé trois fois. » « Nous étions tous réunis, parents d'élèves, lycéens, étudiants, enseignants-chercheurs rue Saint-Fuscien, quand on nous a demandé de monter sur le trottoir pour ne pas boucher la route. C'est ce que nous avons fait, mais cinq minutes après, les CRS nous ont chargés sur cent mètres, raconte aussi Kelly Poulet, du comité de mobilisation des étudiants. Ils étaient 75, nous étions à peine cent. Jamais nous n'avons cherché le rapport de force. On était assis, tranquillement. Ce n'était pas simplement une charge. On a reçu des coups de pied, des coups de poings, certains ont été attrapés à la gorge. Il y a eu plusieurs blessés », déplore la jeune fille. Deux jeunes ont été plus sérieusement touchés et ont été conduits au CHU par le SAMU.

Une plainte déposée

Deux syndicats d'enseignants (SE- UNSA et UNSA-Education) ainsi que la fédération de parents d'élèves FCPE ont écrit au préfet pour lui faire par de leur indignation : « Le rassemblement était calme et courtois », soulignent-ils. « Sans aucune sommation, les CRS ont chargé très violemment les manifestants pacifiques, dont nous faisions partie, pour les faire reculer. » Et ils demandent au préfet les raisons de cette action.

Dans un communiqué, la préfecture leur répond, indirectement, soulignant que la manifestation n'avait pas été déclarée. Elle affirme que les participants ont « occupé la chaussée sous forme de sit in » et «  refusé de reculer » et que les forces de police sont intervenues pour les y obliger.

Xavier Darcos (qui n'était pas encore arrivé quand les événements se sont produits) a précisé qu'une délégation avait été reçue par un membre de son cabinet. « Il y a un travail formidable qui se fait partout, nous avons des interlocuteurs avec lesquels nous discutons : c'est comme cela qu'il faut travailler dans une démocratie », a-t-il ajouté.

Un lycéen majeur a porté plainte au commissariat. Une trentaine d'autres lycéens ont signé un texte pour accompagner sa plainte. Quant aux étudiants, ils demandent « des excuses publiques, de la part du préfet par exemple ». Tous ceux qui ont reçu des coups ont fait constater leurs blessures par des médecins. Quant aux deux jeunes conduits à l'hôpital, ils ne souffriraient pas de blessures graves.

J'ai reçu un tir de flash ball dans l'oeil" lors de la manif (Toulouse)

« J'ai un oeil en moins. J'y vois tout noir. La rétine est décollée, avec un hématome interne, le plancher orbital fracturé. Le pronostic des médecins est réservé… » Joan, 25 ans, est hospitalisé depuis jeudi soir au service d'ophtalmologie du CHU Purpan. Il va subir dans les prochains jours deux interventions délicates, pour tenter de lui sauver son oeil. C'est la triste conséquence pour cet étudiant en L3 au Mirail qui s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, jeudi soir, en marge de la manif interprofessionnelle de Toulouse. Joan a été atteint au visage, vraisemblablement par un tir de flash ball, lors des incidents qui ont éclaté devant le magasin Monoprix au centre ville en début de soirée entre les forces de l'ordre et les manifestants du mouvement étudiant. Les policiers de la Bac et de la compagnie d'intervention ont fait usage de ces armes, tirant des balles en caoutchouc, pour repousser les manifestants qui venaient d'effectuer un « blocage économique » aux entrées du magasin.

Quelques uns d'entre eux étaient entrés à l'intérieur, pour une action « d'auto distribution » symbolique aux plus démunis, méthode apparentée aux Robins des bois.

« J'étais à la manif et je suis resté dans la cortège étudiant. On s'est retrouvé devant Monoprix. Je suis resté aux abords. je n'étais pas dans la chaîne humaine qui bloquait le magasin. Et puis, ça a basculé. Les flics ont chargé. J'ai entendu des bruits de détonation. Un attroupement s'est formé, je me suis replié à l'intérieur pour ne pas rester isolé. On s'est mis à reculer doucement.

A MOINS DE DIX METRES

On était contre la ligne des CRS. Ils m'ont tiré dessus alors que j'étais à moins de 10 mètres d'eux. J'étais effectivement au premier rang, confiant, entrain de dire on recule, on s'en va. Je n'ai absolument pas jeté de canettes ni de projectiles. Je suis sûr que c'est une balle de flash ball qui m'a touché, vu la force et l'impact… On m'a clairement visé ».

Mael, 19 ans, étudiant et pompier volontaire a prodigué les premiers soins à Joan, transporté par ses camardes à l'intérieur du Virgin Mégastore. « On a attendu près de trois quarts d'heure avant que les secours, bloqués derrière la ligne de police, puissent accéder jusqu'à nous ».

« Il est certain que je ne récupérerai pas la totalité de ma vision, un petit peu dans le meilleur des cas », confie Joan, « je trouve que c'est complètement disproportionné et injuste. Sincèrement, je ne comprends pas pourquoi ils ont tiré… »

Voir la vidéo.

ET sur le site de SLU: La "protesta" contre les violences policières des étudiants et des enseignants - LibéToulouse, 24 mars 2009

Témoignage :

Bonsoir à tous,

Je reviens à l'instant de l'hôpital de Purpan, où est hospitalisé, dans un état qui fait peur à voir, un étudiant en licence de
sociologie au Mirail.
Jeudi, vers la fin de la manifestation, les étudiants ont mené une action « robin des bois » au Monoprix du centre ville, consistant à réquisitionner de la nourriture puis à la redistribuer aux passants.
Cet étudiant n'est pas entré dans le magasin, il se trouvait dehors dans la rue. Lorsque les étudiants sont sortis avec quelques produits négociés avec le gérant du magasin, la police a chargé sans sommation (ce qui est contraire à la loi) et a tiré avec une arme, le médiatique « flashball », sur des jeunes femmes et hommes désarmés et sans aucune attitude belliqueuse. Cet étudiant à pris un « ball » dans la tête, tirée à moins de dix mètres.
Il est à l'heure actuelle toujours hospitalisé avec la rétine décollée et de multiples fractures autour de l'oeil droit. Il doit
subir une première opération mercredi ; une seconde est déjà prévue.
Les médecins estiment que, dans le meilleur des cas, il pourra récupérer deux dixièmes. Il y a de fortes chances qu'il perde définitivement son oeil.
A l'heure actuelle il se demande s'il va porter plainte. Il ne se fait aucune illusion sur l'issue de sa démarche : il ya très peu de chances que son agresseur reçoive ne serait-ce qu'un blâme. Il espère simplement alerter, par le biais des médias, l'opinion publique sur une violence policière gratuite qui ne cesse de s'aggraver.
Un journaliste de La Dépêche a insisté pour le voir et recueillir son témoignage. Dans un précédent article, il avait déjà évoqué le fait que ce jeune homme (entre autres) avait été blessé par la police, ce qui lui a valu de subir des pressions de la part de cette même police, affirmant qu'il n'y avait eu de blessés que dans ses rangs.
Quelle que soit l'issue des interventions médicales, cet étudiant, qui a eu une attitude parfaitement pacifique jeudi, sera handicapé à vie.
Comment devons nous réagir, nous personnels, face à de telles violences ?


Publié dans Nous informer

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